1 — Qui êtes-vous, et quel a été votre parcours jusqu’ici ?
Merci, Samir, pour cette opportunité de partager mon expérience parmi celles de vos pairs du programme Hubert H. Humphrey Fellowship.
Je viens du Togo, et mon parcours professionnel s’est construit autour de la gestion financière et comptable, avec une spécialisation progressive en finance d’impact – notamment dans les domaines du capital-investissement, des critères ESG et de la finance climatique.
Mon engagement a commencé en 2011 au sein de l’association ALAFIA Jeunes, un espace où j’ai pu développer mes compétences en leadership à travers le volontariat. Cette implication m’a permis d’intégrer ensuite le service comptabilité de l’ONG mère, ALAFIA, où j’ai fait mes premiers pas dans le monde professionnel. J’y ai participé à la gestion de projets financés par des institutions telles que l’UNICEF, AWDF, l’Ambassade des États-Unis au Togo ou encore l’Union Européenne.
En mai 2016, j’ai rejoint Climate Analytics, une organisation allemande spécialisée dans les politiques climatiques. En tant que gestionnaire comptable, je supervisais la gestion financière du bureau Afrique et de projets mis en œuvre au Bénin, au Burkina Faso, au Sénégal et au Togo. En 2021, j’ai cofondé Sustainable Solutions for Africa (SSA), une structure dédiée à la finance climat.

En tant que Directeur Financier et Comptable, j’ai contribué à la mise en place de systèmes de gestion, à l’élaboration de dossiers de projets et à la mobilisation de financements auprès du Fonds Vert pour le Climat, du Fonds d’Adaptation, de la Fondation Bill & Melinda Gates, de l’Union Européenne, de l’Open Society Foundation et du Département d’État Américain. Aujourd’hui, je suis consultant en finance et je consacre également du temps au développement de l’organisation Actions Internationales pour un Développement Durable (AIDD).
2 — Quelles étapes ont marqué votre évolution vers la finance d’impact et climatique ?
Chaque organisation avec laquelle j’ai collaboré a joué un rôle essentiel dans mon évolution. Chez ALAFIA, j’ai appris la rigueur dans la gestion des projets de développement, en particulier dans la gestion budgétaire, la production de rapports financiers et le respect des exigences des bailleurs.
Chez Climate Analytics, j’ai découvert les enjeux climatiques à une échelle globale, travaillé dans un environnement multiculturel, et affiné mes compétences de coordination à l’international. Enfin, chez SSA, j’ai plongé dans l’entrepreneuriat et la finance d’impact. J’y ai contribué à la structuration de projets d’adaptation et d’atténuation du changement climatique, avec des approches innovantes pour mobiliser des financements durables.
3 — Comment expliquez-vous simplement la finance climatique et le développement durable ?
La finance climatique, c’est la mobilisation de ressources financières, publiques et privées, pour financer des projets qui permettent d’adapter nos sociétés aux effets du changement climatique ou d’en atténuer les causes.
Le développement durable, tel que défini par l’ONU, consiste à répondre aux besoins présents sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Il repose sur trois piliers : économique, social et environnemental. Ces deux notions sont indissociables pour bâtir une résilience collective, réduire les inégalités et garantir un avenir vivable pour les générations futures.

4 — Quelle est la mission principale d’AIDD, l’organisation que vous développez ?
L’AIDD ambitionne d’accompagner les acteurs locaux afin de stimuler une croissance économique à la fois inclusive et durable. Pour cela, l’organisation s’engage à soutenir la croissance des économies locales à travers un accompagnement technique ciblé, à promouvoir l’investissement durable et la finance d’impact pour renforcer l’inclusion financière, et à encourager l’éducation ainsi que le leadership, éléments essentiels à la réussite des projets de développement durable. En adaptant ses interventions aux besoins spécifiques de ses partenaires, l’AIDD propose des solutions sur mesure visant à faire émerger un potentiel local solide, autonome et pérenne.
5 — Pourquoi est-il si difficile pour les PME et les femmes entrepreneures d’accéder aux financements verts en Afrique ?
En Afrique de l’Ouest, près de 80 % de l’économie est informelle, ce qui complique l’accès aux financements pour les PME et les entrepreneurs. Les principaux obstacles résident dans le manque de structuration des modèles économiques, qui les rend peu attractifs pour les banques et les investisseurs, dans la limitation des financements disponibles, souvent sous forme de petits crédits insuffisants pour soutenir une croissance à long terme, ainsi que dans la faiblesse des données financières fiables, rendant difficile l’évaluation de la rentabilité et l’élaboration de projections solides.
Notre rôle est donc d’accompagner ces entrepreneurs à structurer leurs modèles d’affaires, à renforcer leur gouvernance financière et à accéder à des financements privés dits « patients », favorisant ainsi une croissance durable.
6 — En quoi votre expérience Humphrey a-t-elle changé votre manière de travailler ?
Cette expérience m’a appris à valoriser la diversité au sein des équipes, à apporter une réelle valeur ajoutée dans chaque mission, à accueillir la critique constructive comme un levier de progression, à prendre des initiatives concrètes, à faire preuve de résilience face aux obstacles, et à chercher l’inspiration auprès de mentors et de leaders, notamment à travers la lecture.

7 — Quels sont vos projets après le programme Hubert H. Humphrey ?
Je souhaite me concentrer sur le développement d’AIDD, notamment à travers un projet d’incubation de solutions vertes. L’idée est de structurer un portefeuille de projets, accompagner les entrepreneurs, et faciliter l’accès aux financements privés (la levée de fonds). En parallèle, je poursuivrai mes missions de conseil en finance d’impact, avec une attention particulière sur les projets portés par des acteurs africains.
8 — Qu’est-ce qui vous motive au quotidien dans votre engagement ?
Je n’ai pas une histoire particulière, mais je pars de cette conviction simple : si d’autres font de grandes choses ailleurs, alors nous le pouvons aussi ici, en Afrique. Ma motivation, c’est d’apporter ma pierre à l’édifice du développement durable sur notre continent.
9 — Si je venais visiter le Togo, que me feriez-vous découvrir absolument ?
Je t’emmènerais dans la région de Kloto, découvrir la Cascade de Womé, un cadre idyllique, puis déguster un bon foufou à Kpalimé. Ensuite, direction Aneho, à l’embouchure du lac Togo où les eaux du Lac Togo ne chutent jamais dans l’océan, avant une balade en pirogue sur le lac de mon village, Keta Akoda. On finirait la journée en dégustant du sifio (poisson et pinon à base de gari) sur la plage d’Agbodrafo.


10 — Quel message souhaitez-vous adresser à la jeunesse africaine ?
L’Afrique est déjà durement frappée par les effets du changement climatique : sécheresses, inondations, érosion… Il est urgent d’agir. J’encourage les jeunes à s’engager activement pour bâtir un avenir plus durable, plus équitable, pour notre continent.

